Cyril Lemoine
Coureur cycliste professionnel Cofidis

Lemoine : « Devenir une équipe incontournable »



C’est officiel depuis maintenant deux jours : Saur-Sojasun fera le Tour de France 2011. Hasard du calendrier : la formation managée par Stéphane organisait sa présentation officielle au lendemain de cette tant attendue annonce. L’un de ses cadres, Cyril Lemoine, pouvait donc afficher sa satisfaction. Ce solide gaillard de 27 ans, l’un des seuls de l’effectif pouvant se targuer d’avoir déjà couru une grande boucle et deux Vueltas, évoque auprès de Velochrono les possibilités offertes par l’obtention du sésame, à titre individuel comme collectif.

 

Lemoine : « Devenir une équipe incontournable »
Par Alexandre Philippon
Samedi 22 janvier 2011 - 16:31
Photo : Radhose - Flickr
Depuis que Saur-Sojasun a été invitée sur le Tour de France, c’est l’enthousiasme qui vous anime ?

C’est sûr, c’est super pour l’équipe et pour nous, les coureurs. L’an passé, on était un peu déçus de ne pas être de la fête. C’est d’autant bien qu’on l’apprend assez en avance, donc cela permet de bien préparer le programme et de ne tout faire en fonction du Tour de France. On pourra arriver dans de bonnes conditions. Me concernant, il faudra déjà que je sois pris dans l’équipe. On verra comment cela va se goupiller.

Vous aurez un avantage : le Tour, vous y avez déjà participé.

Oui, j’ai déjà fait le Tour de France. Et j’ai couru deux fois le Tour d’Espagne. Mais rien n’est acquis. J’espère y être mais on verra. Il faut aussi être en forme au bon moment. Si c’est pour y aller mais ne pas être acteur du tout, ne se montrer sur aucune étape et ne pas aider ses coéquipiers, ce n’est pas super non plus. L’année chez Skil-Shimano, je ne suis pas arrivé dans de bonnes conditions. J’en ai beaucoup bavé. On avait su dès le mois de mars que l’on ferait le Tour de France, et très vite j’ai su que je ferai partie de la sélection. Mais je suis tombé malade, j’ai chuté à la Route du Sud. C’était un enchaînement qui a fait que je n’ai pas pu me rattraper. Je pensais que sur le Tour, cela allait être dur au début, avant de finalement monter en puissance, mais je n’ai jamais réussi à retrouver des couleurs. J’ai quand même réussi à terminer, mais très fatigué.

Les classiques belges ? « J’ai déjà pas mal roulé pour ça »

Comment va-t-elle s’articuler, cette saison 2011 ?
Les classiques belges constituent l’un de mes objectifs. Je vais essayer de bien briller. Mais la grosse course reste Paris-Roubaix.
L’équipe va, je pense, essayer de mettre en place un groupe de 11-12 coureurs qui auront un bon programme, pour ne pas arriver cramés en juin. Personnellement, je pense surtout aux courses qui vont arriver : le Grand Prix La Marseille, l’Etoile de Bessèges. Et ensuite les classiques belges, qui constituent l’un de mes objectifs. Je vais essayer de bien briller. Mais la grosse course reste Paris-Roubaix.
Vous êtes-vous vus confirmer votre présence sur cette course ?

Ce n’est pas officiel mais je pense qu’il y a quand même de grosses chances. On l’a fait l’année dernière donc je ne vois pas pourquoi on ne participerait pas cette année. En plus, on a eu de bons renforts comme Arnaud Coyot, qui est très bon rouleur. On a un bon groupe pour ce type de courses. Cela devrait le faire, je pense.

Allez-vous chercher à faire des résultats sur les semi-classiques, comme le Het Nieuwsblad ?

Oui. J’espère être opérationnel. J’ai déjà pas mal roulé pour ça. Cela va être, vraiment, ma priorité. Et après, on verra.

Vous parlez de « bon groupe ». Le point positif, aussi, pour les courses d’un jour, c’est qu’il y a des alternatives, avec Jimmy Casper pour les sprints et vous ainsi que d’autres pour l’attaque.

Il est certain que c’est un avantage. On est assez polyvalents au sein de l’équipe, avec Jimmy Engoulvent, Arnaud Coyot On est bien armés. Et même si Jimmy Casper, un jour, n’est pas en super condition, on aura toujours un autre sprinteur qui pourra tirer son épingle du jeu.

L’idée de développer une rampe de lancement pour Jimmy Casper est toujours d’actualité ? Et vous en ferez partie ?

Normalement oui, j’en ferai partie. Mais de toute façon, la mentalité, chez nous, restera toujours la même : priorité à l’attaque et à ceux qui sont devant. Si je suis devant, je joue ma carte. S’il y a sprint, je sais qu’il y a Jimmy. Et il y a aussi Romain Mathéou qui durant les stages a marché pas mal. Cette année,  je pense qu’il va vraiment progresser.

« Je crois vraiment en Coppel »

Vous, vous sortez d’une saison 2010 qui n’a pas été la meilleure de votre carrière. Quel bilan vous en tirez ?

Il y a quelques bons résultats mais pas au niveau de mes espérances. J’ai eu pas mal de problèmes de santé. À partir de la mi-avril, j’avais tout le temps mal au dos. J’ai eu une sciatique à la jambe gauche. Du coup, j’ai arrêté la saison assez tôt, et j’ai suivi beaucoup de séances de kiné. J’ai travaillé le renforcement musculaire du haut du corps, qui m’a permis d’atténuer mes douleurs. Ainsi qu’une étude posturale, avec le podologue.

Les problèmes de nerf sciatique, cela touche pas mal de coureurs…

Oui. Avec le matériel, maintenant, tout est carbone. Bien sûr, on sent que c’est performant, mais on sent aussi que l’organisme s’en ressent. Il faut trouver des positions adaptées.

Lors de la présentation de l’équipe, Stéphane Heulot a parlé, justement, d’innovation !
C’est bien d’être dans une équipe qui donne la priorité au matos. Ce n’est pas : on te donne un vélo et tu te débrouilles pour obtenir des résultats.
Il ya eu des choses travaillées, de peaufinées durant le stage. Maintenant, on a des plateaux Rotor, ovales. On recherche beaucoup d’améliorations dans le matériel. On est vraiment bien équipés, avec un montage un peu à la carte. Il n’y a pas à se plaindre de ce côté là. Et beaucoup de coureurs courent après cela. C’est bien d’être dans une équipe qui donne la priorité au matos. Ce n’est pas : on te donne un vélo et tu te débrouilles pour obtenir des résultats.
Cette saison 2011, pour toute l’équipe, va être très importante. Vous participez à votre premier Tour de France et il faudra y faire ses preuves. Vous, par exemple, vous l’avez disputée par le passé avec Skil-Shimano : bien que très présente dans les échappées, la formation néerlandaise n’avait pas fait une super course, et du coup, la relation de confiance avec ASO n’a pas duré. Pour Saur-Sojasun, il faudra donc convaincre ?

On a de très bons coureurs, comme Jérôme Coppel pour un classement général. C’est l’un des meilleurs représentants français pour les courses par étape, comme il l’a déjà montré sur le Critérium du Dauphiné (5e en 2010, ndlr). Donc je pense qu’il a déjà en tête que le mois de juillet sera prioritaire pour lui. Je crois vraiment en lui. Il a vraiment de bonnes capacités. Il va faire un bon Tour. C’est sûr, il va falloir que nous fassions nos preuves, et c’est déjà bien d’être assurés dès maintenant de participer car nous ne grillerons pas des cartouches. Notre équipe évolue, tous les ans. L’année prochaine, elle pourrait encore évoluer un peu plus. J’espère que Saur-Sojasun deviendra une équipe française incontournable.

« Avec le temps, nous allons devenir une équipe incontournable »

Comme toutes les principales équipes françaises, hormis AG2R, disposent d’une licence Continental Pro, vous êtes de toute façon désormais tous sur un pied d’égalité. Le seul élément qui diffère avec des Europcar, Cofidis ou FDJ, c’est le passé des structures ?

Oui, maintenant, il n’y a plus qu’AG2R dans le Pro Tour et les autres sont en Continental Pro. Donc effectivement, nous sommes sur un pied d’égalité mais le passé fait la différence. Pour nous, cela sera en 2011 seulement la deuxième année de l’équipe, après l’année qu’avait effectué Bessons Chaussures au niveau Continental non-pro. Cela ne fait que trois ans que la structure est professionnelle, mais avec le temps, nous allons devenir une équipe incontournable.

En 2010, Saur-Sojasun sera candidate à une invitation pour le Tour d’Espagne, désormais également organisé par ASO ?

Je sais que des représentants de l’équipe étaient à la présentation de la course. On espère. On a l’habitude bien marcher en Espagne, alors ce serait intéressant pour l’équipe. Même pour nous, les coureurs, ce serait pas mal pour le programme de course, histoire de terminer l’année en beauté. Et cela permettrait à ceux qui n’ont pas couru le Tour de France de quand même participer à un grand tour, pour ainsi passer un pallier supplémentaire.

Par le biais des invitations, une équipe Continental Pro peut véritablement se constituer un programme de très bonne qualité bien que n’ayant pas la licence Pro Tour…
L’éthique ? Quand on en voit certaines équipes qui ont la licence, on pourrait croire que l’UCI ne fait pas trop attention.
C’est sûr. Mais il faut être invités partout. Par exemple, cette année, nous ne pourrons pas courir Milan-Sanremo. Cela doit être le cas aussi avec le Tour de Suisse. Il y a quelques courses comme cela que nous ne pouvons pas disputer. Aussi, cela augmente le nombre de coureurs figurant dans l’effectif. Si l’on évoluait à un niveau supérieur, cela pourrait peut-être changer l’ambiance qu’il y a dans l’équipe… C’est la base chez nous : avoir une bonne mentalité. De toute manière, pour entrer au Pro Tour, on ne sait pas trop ce qui est pris en compte. Les résultats ? L’éthique ? Quand on en voit certaines équipes qui ont la licence, on pourrait croire que l’UCI ne fait pas trop attention. Quand l’on voit Marc Madiot et la FDJ qui a obtenu une rallonge mais n’a pas conversé sa licence Pro Tour, ça fait un peu mal à l’équipe comme aux sponsors. Il faudrait savoir comment l’on accède vraiment au Pro Tour… J’ai l’impression que l’UCI fait l’impasse sur la question de l’éthique.

« Je pense que l’on peut vraiment frapper fort »

Si Saur-Sojasun fait un bon Tour de France 2011, non seulement vous pourrez revenir en 2012, mais cela vous ouvrira aussi des portes sur bien d’autres épreuves, non ?

Oui, sur plein d’autres courses. Mais il y a beaucoup d’équipes Continental Pro. Il n’y en a jamais eu autant.

Donc c’est LA saison durant laquelle il y a un coup à jouer, en profitant de cette invitation sur le Tour de France ?

Je pense que l’on peut vraiment frapper fort. On a une équipe compétitive. Durant le stage, tout le monde marchait bien. Et notre moyenne d’âge est de 25 ans !

Estimez-vous qu’alors que certaines autres équipes françaises sont plutôt dans une phase de reconstruction, Saur-Sojasun est en revanche en train de profiter d’un certain élan dû à sa jeunesse ? La jeunesse de la structure, comme celles des coureurs.

C’est vrai qu’à force, je commence à faire partie des vieux. Mais on progresse toujours. On peut toujours prendre plus de caisse. Cela s’inscrit dans un enchaînement.


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