Cyril Lemoine
Coureur cycliste professionnel Cofidis

Cyril Lemoine : « J'ai eu très peur... »



Victime d'une terrible chute il y a une dizaine de jours sur le Trophée Migjorn, à Majorque en Espagne, Cyril Lemoine va, aujourd'hui, beaucoup mieux. Après avoir été opéré de toute urgence et été placé en soin intensif pendant 48 heures, le coureur de la Saur-Sojasun prend désormais son mal en patience et n’a qu’une hâte, « rentrer à la maison ».  Avant d’être rapatrié en France, juste à côté de chez lui, au CHU de Tours, ce jeudi, Cyril Lemoine a accueilli Cyclism’Actu dans sa chambre, au centre San Llatzer de Palma pour faire le point sur son état de santé et son état d’esprit. A bientôt 29 ans, il reconnaît avoir eu très peur, avoir été inquiet mais goûte aujourd’hui le plaisir de voir le bout du tunnel. L’occasion de Cyril Lemoine de revenir sur une carrière trop souvent touchée par la malchance et les pépins de santé, sur le cyclisme d’aujourd’hui et sur la très bonne ambiance qui règne au sein de la formation Saur-Sojasun. Entretien.

Cyril, avant tout, près de 2 semaines après votre terrible chute, comment allez-vous ?
Aujourd’hui, je vais très bien mais j'ai hâte de rentrer à la maison. Cela fait presque deux semaines que je suis hospitalisé et ça commence vraiment à faire long… Je dois faire preuve d’encore un peu de patience mais je quitte l’Espagne pour la France, ce jeudi, on se rapproche !

Les chutes font malheureusement partie du métier de coureur cycliste, mais là, c'est quand même une grosse frayeur…
Oui, durant ma carrière, j'ai déjà chuté lourdement mais, cette fois-ci, j'ai eu très peur car la douleur était terrible et ne s'atténuait pas. Mais surtout, je crachais du sang, je savais que j'avais été touché en interne et forcément, j'étais très inquiet. Le principal était que je n'avais pas perdu connaissance, et ça c’était rassurant, ça aurait pu être pire…

« Je ne fais pas de complexes »

Cyril, vous allez bientôt avoir vingt-neuf ans, on peut dire que vous êtes arrivé à maturité. C'est votre troisième saison au sein de l'équipe Saur-Sojasun. Une fois correctement remis sur pied, quel sera votre état d'esprit et quelles seront vos ambitions ?
Oui, bientôt vingt-neuf ans, je trouve que cela passe très vite ! (rires). J'ai toujours envie d'aller faire du vélo, envie d'aller courir, envie de me battre, j'y trouve toujours du plaisir. Dans l'équipe Saur-Sojasun, tout le monde à un peu sa chance, j'aurai aussi ma carte à jouer. Au début de la saison, on se fixe nos objectifs et on établit notre calendrier selon nos souhaits, je trouve que c'est une belle marque de considération de la part de l'encadrement et la motivation en est forcément accrue. Il m'est arrivé, à mes débuts, d'aller faire des courses qui ne correspondaient pas du tout à mes caractéristiques, courir pour courir, c'était parfois difficile psychologiquement. Je prends le départ pour faire des résultats mais je n'ai aucun problème à me mettre au service d'un co-équipier. Il y a une grande solidarité et un très bon état d'esprit dans l'équipe et seule la victoire est importante. Il n'y a pas de problème d'égo. J'aimerais bien évidement gagner ma première course chez les pros et puis pourquoi pas, par la suite, une belle Classique. Refaire le Tour de France, en pleine possession de mes moyens pour faire un résultat et le terminer dans de bonnes conditions.

Outre une accumulation de malchance, vous avez sûrement de très bons souvenirs dans le vélo. Que retenez-vous ?
Je vais faire un peu comme tout le monde et dire le Tour de France. C'est la course que l'on veut faire quand on passe professionnel. J'ai pu le disputer avec l'équipe Skil-Shimano, j'étais vraiment heureux bien que je n'ai pas pris le départ dans les meilleures conditions. J'avais chuté lors de la Route du Sud, deux semaines auparavant et j'avais un gros hématome à la cuisse, je partais un peu vers l'inconnu. J'avais réussi à faire troisième de l'étape qui se terminait à  La Grande Motte ou cela avait « borduré » et j'avais pu finir le Tour. Mais j'avoue que j'avais terminé « cramé » comme on dit dans le milieu. Cela a été une bonne expérience aussi d'avoir été dans une équipe étrangère. Il y a également des tas de bons moments avec l'équipe Saur-Sojasun.

Quelles courses affectionnez-vous le plus ?
J'aime les contre-la-montre qui ne sont pas trop longs et les prologues quand la distance avoisine les cinq kilomètres. Après, j’apprécie beaucoup les Classiques belges et j’adore Paris-Roubaix. A chaque fois que je prends le départ, ça me fait rêver. J'aimerais vraiment y faire, un jour, un résultat. Mais ça je suppose que c’est le cas pour tous les coureurs qui, comme moi, aiment cette course. Enfin, je ne peux pas oublier Paris-Tours puisque qu’elle arrive chez moi. J'ai confiance en moi, je respecte tout le monde mais je ne fais pas de complexes et je ne laisse ma place à personne.

« Il faut savoir admettre qu’il y a des personnes qui sont plus fortes »

Vous entamez votre huitième saison chez les pros, vous êtes expérimenté, quelle analyse pouvez-vous faire, sur le plan personnel ?
Sur le plan personnel, c'est un peu frustrant dans la mesure où à part mes premières années professionnelles où cela s'était relativement bien passé, j'ai toujours eu des pépins physiques dus à des chutes, des blessures ou des maladies. J'ai fait des résultats mais il me manque la victoire, même si parfois cela s'est joué à très peu de choses. Je ne cherche pas d'excuses, mais au fond de moi, je sais que je suis capable de beaucoup mieux. Encore maintenant, j'étais en bonne condition et je suis encore blessé. Je suis tout de même très optimiste pour la suite de la saison, ce n'est que le début et je pense que je vais me remettre rapidement. La roue va bien finir par tourner.

Et sur le cyclisme en général ?
Sur le cyclisme en général, je trouve que cela a bien évolué et dans le bon sens. Je suis passé professionnel en 2005, j'ai connu les années où à certains moments ça roulait vite, peut-être trop vite… Aujourd’hui, je trouve que cela s’est quand même bien calmé, ça me rassure et c’est bien pour notre sport. Je crois qu'il faudrait que l'on arrête un peu de suspecter tel ou tel coureur quand celui-ci domine telle ou telle course. Il faut savoir admettre que dans la vie, il y a des personnes qui sont plus fortes que d'autres, il en est de même avec l'intelligence. Il y a énormément de contrôles, ils sont de plus en plus pointus, les sanctions sont de plus en plus sévères. Donc tant qu'un coureur n'est pas positif, il n'est pas nécessaire de polémiquer. On va peut-être dire que je suis parfois naïf, mais j'ai confiance en certaines personnes et je suis convaincu que l'on peut faire de grandes performances naturellement. On voit une nouvelle génération de coureurs qui arrive et qui insuffle un nouvel état d'esprit et c'est bien pour le cyclisme. Dans un autre registre, je regrette qu'une partie des droits de retransmission télé ne soit pas redistribuée aux équipes comme on peut le voir dans le football notamment. Il en a été question à un moment, mais à ce jour, rien n'a bougé. Cela permettrait par exemple de payer les contrôles antidopage qui sont, rappelons-le, à la charge de l'employeur pour l'acquisition de la licence ou de perfectionner la structure de l'équipe.

On peut dire que dans l'ensemble, les niveaux se sont bien nivelés, les techniques d'entrainements ont beaucoup évolué, grâce notamment à l’électronique et le suivi des performances quasi instantané. Le vélo d’aujourd’hui, n’est plus du tout le même que celui d’il y a encore quelques années…
Oui c'est vrai, les valeurs se sont un peu plus nivelées, maintenant, les coureurs de talent sortent du lot et font la différence. Il y a toujours des gens qui font des commentaires sur le nombre important de coureurs qui arrivent pour la gagne et le fait que les écarts soient plus réduits, mais bon, à un moment il faut savoir ce que l'on veut. Est-ce que l'on veut un cyclisme propre ou bien du sensationnel à tout prix ? C'est peut-être frustrant pour certains de voir des courses avec des arrivées à 90 coureurs et où il est plus difficile de se départager mais c'est aussi ça le vélo. On dispose de matériel issu des dernières technologies et surtout les méthodes d'entrainement ont beaucoup évoluées, elles sont beaucoup plus pointues et personnalisées notamment grâce aux capteurs de puissance.

« Chez Saur Sojasun, ce sont plus que des co-équipiers »

La vie de coureur cycliste implique que vous partiez souvent et parfois longtemps, comment vos proches le vivent-ils et comment le vivez-vous ?

Je sais que ma femme est habituée mais parfois, quand les séjours sont de plus d'une semaine, l'absence se fait sentir. Pour ma part, je le vis plutôt bien. De nos jours, grâce à la technologie, c'est un peu plus facile à vivre, on a tous un ordinateur ou un téléphone qui nous permettent de nous voir quand on communique et pour ceux qui ont des enfants c'est un plus. C'est certainement plus difficile pour nos compagnes. Nous, nous partons sur une épreuve, mais l'on va retrouver l'équipe, les amis. L'ambiance est bonne et cela comble un peu ce manque. Chez Saur Sojasun, ce sont plus que des co-équipiers, ce sont des amis, même si l'on a plus d'affinité avec certains, je suis toujours très heureux de les retrouver. Je connais Jonathan Hivert depuis les cadets, il y a une grande complicité entre nous.

Vous allez bientôt être papa, cela va changer votre vie et peut-être vous donner une source de motivation supplémentaire, non ?
Oui, cela m'apporte déjà un plus, c'est indéniable, c'est quelque chose de beau, je suis très heureux. Cela peut m'aider à me transcender, avoir envie de gagner pour lui. Après, il va falloir gérer cela au début, j'espère qu'il sera sage et qu'il sera gentil avec son « papa » (rires).


Par Alexandre Rolin - Jeudi 16 février 2012
Lire la suite sur Cyclism'Actu








 

Haut